Le centre de santé Sabouraud est un centre de santé médical spécialisé dans La peau et les cheveux, situé dans l'enceinte de l'Hôpital Saint Louis.
2 place du Docteur Alfred Fournier
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Cheveux et Environnement

CHEVEU ET ENVIRONNEMENT

Docteur Pascal Reygagne
Centre Sabouraud,
Hôpital Saint-Louis,
Paris 

L’alopécie androgéno-génétique est la cause la plus fréquente d’alopécie masculine ou féminine. Depuis longtemps, l’implication des androgènes est connue.

Les observations ont montré que les hommes ne sécrétant pas d’androgène, les eunuques et les castrats d’opéra n’avaient pas d’alopécie. Le rôle des facteurs héréditaires est également connu depuis longtemps.

Le gène du récepteur aux androgènes situé sur le chromosome X est un des gènes de susceptibilité à l’alopécie androgéno-génétique.

D’autres gènes sont impliqués et sur le chromosome 20, un autre locus a été identifié ; il aurait une valeur pronostique pour l’alopécie androgéno-génétique. L’approche génique est importante, elle a même fait l’objet d’une commercialisation d’un kit diagnostique par une société américaine, non disponible en France.

A partir d’un test salivaire renvoyé au laboratoire de la société, l’analyse du gène du récepteur aux androgènes du chromosome X permettrait de connaître la susceptibilité des individus de développer une alopécie androgéno-génétique. Mais les résultats ne sont fiables qu'à 70% ce qui réduit l'utilité de ce kit.

Les traitements anti-androgènes ne sont  cependant pas toujours efficaces que ce soit l’Androcur® chez la femme ou le finastéride chez l’homme et d’autres facteurs doivent exister. Le rôle des androgènes et des facteurs héréditaires est important dans l’alopécie androgéno-génétique mais d’autres facteurs sont impliqués. L’observation publiée par RM Trüeb illustre en partie le rôle des autres facteurs (1).

Dans la majorité des cas, les jumeaux ont des chevelures identiques et les alopécies quand elles sont présentes sont très semblables. RM Trüeb a rapporté dans un éditorial l’observation de jumeaux dont l’un avait une alopécie androgéno-génétique beaucoup plus sévère que l’autre. Leur mode vie était très comparable excepté pour le tabagisme très important chez le jumeau alopécique.

De nombreux facteurs environnementaux pourraient être impliqués dans l’alopécie androgéno-génétique : le stress, le tabac, le soleil, les frottements et le sable, l’eau et l’humidité, l’alimentation (carence, stress oxydatif…), les cosmétiques (frisants, défrisants, colorants…), les tractions ou frictions pour certaines coiffures, les médicaments, les oxydants et la pollution.

Influence du Tabac

Le tabagisme au niveau cutané est associé à une maigreur du visage et à la présence de rides profondes des joues et de la patte d’oie, à disposition verticale sur les joues ; la peau est fripée et le teint souvent gris-jaunâtre (2).

Les fumeurs apparaissent plus âgés que leur âge réel (3). Le tabac est un facteur de risque de survenue d’un infarctus du myocarde bien connu, mais la présence de rides faciales, de cheveux gris et d’une alopécie sont également des facteurs associés au risque d’infarctus du myocarde.

Le tabagisme est également responsable d’un vieillissement prématuré des cheveux avec un grisonnement chez l’homme et la femme et une alopécie plus marquée.Il existe 4 études sur tabac et alopécie  (4-7). La première en 1996, montre que fumer aggrave l’alopécie androgéno-génétique et le grisonnement des cheveux (4). Dans cette étude réalisée en Angleterre à partir des nouveaux consultants dans un service de chirurgie, 268 hommes et 338 femmes âgés de plus de 30 ans ont été répartis en 2 groupes fumeurs ou non fumeurs sur une période de 3 mois.

Les patients étaient considérés comme fumeurs s’ils prenaient plus de 10 cigarettes par mois. L’alopécie était considérée comme présente si elle correspondait au moins à un stade III de la classification d’Hamilton. Cinquante-deux pourcent des hommes et 45% des femmes étaient fumeurs dans cette population. L’alopécie androgéno-génétique était présente chez 52% des hommes non fumeurs et chez 68% des hommes fumeurs. Le risque relatif d’avoir une alopécie androgéno-génétique  chez les fumeurs était de 1,93 [1,13-3,28].

Le risque relatif d’avoir les cheveux grisonnants  chez les fumeurs était de 4,40 [3,24-5,96].Dans une étude Australienne, la répartition en 2 groupes était faite selon la présence ou non d’une alopécie androgéno-génétique et les comparaisons étaient réalisées sur différents critères  correspondants au  mode vie des patients (6). Les 1390 hommes âgés de 40 à 69 ans inclus dans cette étude appartenaient à une cohorte utilisée pour rechercher les facteurs de risque de cancer de la prostate.

La sévérité de l’alopécie androgéno-génétique était classée selon 4 niveaux : absence d’alopécie, alopécie frontale, alopécie du vertex et alopécie globale. Parmi les hommes âgés de 40 à 55 ans, il y avait 31% d’alopécies frontales isolées et 31% d’alopécies du vertex et d’alopécies globales. Parmi les hommes âgés de 65 à 69 ans, il y avait 33% d’alopécies frontales isolées et 53% d’alopécies du vertex et d’alopécies globales. Ces chiffres sont proches de ceux retrouvés dans la littérature.

Parmi les nombreux critères étudiés, les facteurs associés à la présence d’une alopécie androgéno-génétique étaient : présence d’une acné, tour de taille > 86 cm, index de masse corporelle >28,3, présence d’une hypertrophie bénigne de la prostate et consommation d’alcool quotidienne même modérée (<12g/j d’alcool). Quant au critère fumeur, il était associé uniquement aux alopécies androgéno-génétiques du vertex. La relation entre sexualité (nombre de partenaires sexuelles, nombre d’éjaculations hebdomadaires, statut marital) et alopécie androgéno-génétique a également été étudiée.

Il apparaît que le hommes ayant une alopécie androgéno-génétique avaient moins de partenaires et qu’ils étaient moins souvent mariés que les autres.Dans l’étude la plus récente réalisée à partir de 740 hommes taïwanais âgés de 40 à 90 ans, la présence d’une alopécie androgéno-génétique (définie par un stade  ≥ IV selon la classification de Norwood) était associée au tabac (RR=1,7) (7). Il a également été montré que l’alopécie était corrélée à la consommation tabagique ; le risque relatif était à 2,3 pour une consommation supérieure à 20 cigarettes par jour).

Cette étude a montré également que si le tabac joue un rôle dans l’alopécie androgéno-génétique, le facteur héréditaire reste essentiel. Le risque relatif était de 6,3 [0,3-31] si la mère avait une  alopécie androgéno-génétique ; il était de 12,6 [4,6-34] si le père avait une  alopécie androgéno-génétique ; il était de 13,5 [4,8-37] si les 2 parents avaient une  alopécie androgéno-génétique.Le mode d’action du tabac est très complexe.

Il existe environ 4000 molécules différentes dans la fumée de cigarette dont les plus connus sont le monoxyde carbone libéré par les poumons, la nicotine métabolisée par le foie, les molécules cancérigènes, les radicaux libres et les ions superoxydes, le cadnium capable de provoquer une déplétion en glucathion réduit important pour l’activité anti-oxydante cellulaire…La nicotine et la co-nicotine sont mesurables au niveau de la tige pilaire.

Ces mesures ont permis de retrouver de la nicotine dans les cheveux des nouveaux-nés de mères fumeuses pendant la grossesse. Ces dosages sont également utilisés en médecine du travail pour mesurer le tabagisme passif.Le tabac intervient sur la microcirculation au niveau des papilles dermiques or la trophicité et la croissance de la tige pilaire dépendent de la qualité de la microcirculation.

Les molécules génotoxiques entraînent des mutations de l’ADN au niveau des follicules pileux chez les fumeurs. Le rapport protéase/antiprotéase est altéré. L’effet pro-oxydant des molécules du tabac favorise le stress oxydatif avec libération de cytokines inflammatoires responsables d’un état de micro-inflammation du follicule pileux lui-même responsable de fibrose péri-folliculaire.

Le tabac provoque également une diminution de l’activité des aromatases au niveau folliculaire responsable d’une hypo-oestrogénie folliculaire.

  Influence du soleil (8)

Les UVA et les UVB ont un rôle plus important que le rayonnement visible sur les cheveux. Ils provoquent une altération des cuticules avec diminution de l’adhésion des écailles cuticulaires : les cheveux sont alors secs, cassants, rugueux, raides et moins brillants. La coloration est modifiée de façon plus importante au niveau des cheveux roux et des cheveux clairs car la phéomélanine est plus sensible aux UV que l’eumélanine.

L’humidité du bord de mer est un facteur favorisant de l’altération de la cuticule. Les frottements et le sable accélèrent ce processus. La cuticule est la partie du cheveu la plus atteinte car elle est en surface et qu’elle n’est pas protégée par la mélanine qui se trouve essentiellement dans le cortex. L’oxydation de la kératine provoquée par les UV provoque une rupture des ponts disulfures.

Influence de l’alimentation

Le rôle des facteurs alimentaires  dans les effluvium télogènes est évident dans les malnutritions, les syndromes de malabsorption, la maladie coeliaque, les anémies et l’anorexie mentale.

Rushton et al ont montré que la chute de cheveux est corrélée avec des taux de ferritine < 30 à 70 ng/ml, d’hémoglobine <12g/100ml, de vitamine B12<200pg/ml (9). Les carences en folates, en zinc et acides aminés souffrés exposent également à la chute de cheveu.

Rushton et al ont montré qu’en supplémentant 22 femmes en fer (72 mg/j) et en l-lysine (1,5 g/j), il y avait une corrélation inverse entre le taux de ferritine (33 ng/ml en moyenne à M0 ; 89 ng/ml en moyenne à M6) et le pourcentage de cheveux en phase télogène (19,5% en moyenne à M0 ; 11,3% en moyenne à M6).

Le cheveu reflet de l’exposition aux toxiques

L’utilisation des cheveux comme échantillons pour mesurer l’exposition à des toxiques n’est pas nouvelle. On peut quasiment tout mesurer dans les cheveux qui sont de véritables témoins chronologiques : médicaments , poisons, drogues illicites, produits dopants, polluants, métaux lourds...

Les métaux lourds les plus dosés dans les cheveux sont le plomb, le cuivre, le manganèse, et le cadium. Leur dosage peut aider à surveiller des populations exposées soit dans leur environnement professionnel soit dans leur lieu d’habitation. Des taux élevés peuvent témoigner d’une contamination interne par exposition professionnelle ou environnementale mais aussi d’une contamination externe (10). Les dosages dans les cheveux sont intéressants pour les motifs suivants :

-  certains métaux sont préférentiellement accumulés dans les cheveux

-  Arsenic et mercure sont stockés des années dans les cheveux alors qu’ils ne sont plus détectables dans le sang et dans les urines, et ils sont encore dosables après plusieurs siècles.

-   Les échantillons sont faciles à obtenir sans geste invasif

-  Ils sont transportables et stockables facilement dans des pochettes en polyéthylène

-  Les échantillons sont légers et facilement postables ou transportables

-  Les méthodes de lavage et de préparation sont standardisablesLes inconvénients sont faibles :-          contamination externe peut être une source d’erreur

-  certaines procédures de lavages peuvent diminuer les concentrations de certains métaux

-  les dosages peuvent dépendre de la distance par rapport à la racine ou encore du lieu de résidence, du régime alimentaire du sexe et de la couleur des cheveux (il existe des tables) 

Influence des soins cosmétiques :

Les défrisages et les décolorations permanentes abiment la cuticule et rendent les cheveux fragiles et cassant. Des masques hydratants et des apports de molécules hydratantes ou de céramides par les shampooings pourraient aider les cheveux crépus à moins casser et à mieux résister aux défrisages (11) 

Conclusion

Les conseils à donner aux patients qui consultent pour chute de cheveux ou alopécie découlent naturellement des observations précédemment citées.

Il faut conseiller : l’arrêt du tabac et de l’alcool, éviter les expositions solaires excessives en protégeant sa chevelure, éviter tous les facteurs mécaniques (frictions, brossage énergique, la chaleur excessive d’un sèche–cheveu trop proche des cheveux, les tractions répétées), limiter les colorations et décolorations à une fois par mois au maximum en évitant l’association à une permanente ou à un défrisage.

Il faut aussi conseiller une alimentation équilibrée notamment en fer, en vitamines et en acides aminés soufrés.


Références bibliographiques:

1. Trüeb RM. Association between smoking and hair loss: another opportunity for health education against smoking? Dermatology. 2003;206:189-91.

2. Model D. Smoker's face: an underrated clinical signé Br Med J (Clin Res Ed). 1985;291(6511):1760-

3. Bulpitt CJ, Shipley MJ, Broughton PM, Fletcher AE, Markowe HL, Marmot MG et al. The assessment of biological age: a report from the Department of Environment Study. Aging (Milano). 1994;6:181-91.

4. Mosley JG, Gibbs AC. Premature grey hair and hair loss among smokers: a new opportunity for health education? BMJ. 1996;313(7072):1616.

5. Matilainen V, Laakso M, Hirsso P, Koskela P, Rajala U, Keinänen-Kiukaanniemi S. Hair loss, insulin resistance, and heredity in middle-aged women. A population-based study. J Cardiovasc Risk. 2003;10:227-31.

6. Severi G, Sinclair R, Hopper JL, English DR, McCredie MR, Boyle P, Giles GG. Androgenetic alopecia in men aged 40-69 years: prevalence and risk factors. Br J Dermatol. 2003;149:1207-13.

7. Su LH, Chen TH. Association of androgenetic alopecia with smoking and its prevalence among Asian men: a community-based survey. Arch Dermatol. 2007;143:1401-6.

8. Horev L. Environmental and cosmetic factors in hair loss and destruction. Curr Probl Dermatol. 2007;35:103-17.

9. Rushton DH, Norris MJ, Dover R, Busuttil N. Causes of hair loss and the developments in hair rejuvenation. Int J Cosmet Sci. 2002;24:17-23.

10 Srogi K. Hair analysis for monotoring environemental pollution and the resulting human exposure to trace metals: an overview. Environnement, risques et santé. 2006:5;391-405.

11 Bernard BA, Franbourg A, François AM, Gautier B, Hallegot P. Ceramide binding to African-American hair fibre correlates with resistance to hair breakage. Int J Cosmet Sci. 2002;24:1-12.